(Billet 1263) - Comment les partis se préparent aux élections... à bas bruit
Les législatives sont prévues à leur calendrier habituel, c’est-à-dire courant septembre prochain, cinq années après les dernières qui avaient vu la victoire du RNI d’Aziz Akhannouch et son alliance avec ses suivants immédiats que sont le PAM et l’Istiqlal. Aziz Akhannouch parti, les cartes sont rebattues et le jeu est différent. Lesdits suivants immédiats et les autres partis se remettent à espérer une pole position qui leur ouvrirait les voies de la présidence du Conseil.
Si vous avez aimé le PJD et sa mainmise sur les élections, deux scrutins consécutifs, vous avez dû adorer le RNI qui, avec ses moyens financiers, sa logistique et son approche ultramoderne et quasi scientifique d’une élection, avait tout pour remporter les législatives à venir. Las… Il s’est passé quelque chose qui a fait que le chef du gouvernement et du RNI a jeté l’éponge, non sans placer un de ses poulains en remplacement à la présidence du RNI ; mais il est parti, et ce n’est très certainement par Mohamed Chaouki qui portera son parti vers l’azur bleu de la victoire, malgré ses affirmations dans ce sens.
Et de fait, à l’annonce du départ précipité et à l’explication peu convaincante, les autres partis politiques, prospérant au gouvernement ou végétant dans l’opposition, reprennent des couleurs et piaffent d’impatience. Chacun d’eux agit à sa manière propre.
1/ Le RNI. Hier triomphant, aujourd’hui étêté, mais toujours entêté. Ses cadres n’ont plus la niaque, tout en continuant à y croire, mais Akwa bon ? Leur grand homme est parti et avec son départ, tout est dépeuplé. Avant de se mettre en rang pour l’élection à venir, le RNI devra subir ce que connaît tout parti qui perd un chef fortuné, en l’occurrence la guerre des chefs déçus, désorientés, désappointés. Ils ne comprennent pas pourquoi leur chef est parti et de la réponse à ce questionnement dépendra leur avenir. Alors, au pire, une lutte de clans, et au mieux un parti qui sera encore en train de compter ses bleus le jour de l’élection.
2/ Le PAM. Pour les trois conducteurs du Tracteur, un peu serrés dans leur siège, l’espoir est permis et le doute, non. Pour les gens du PAM, le gouvernement du Mondial, c’est pour eux. ils n’ont cure des casseroles laissées lors de leur passage dans l’exécutif. Fatima Zahra Mansouri s’y voit déjà, se retenant avec peine de parler en future cheffe du gouvernement, et Mehdi Bensaïd, son alter ego et commensal, doit s’y voir aussi, mais se tient prudemment en embuscade, attendant son heure. Ils ont rameuté les jeunes, mobilisent leurs forces dans le pays, pointent le menton vers le haut et guettent un signal, l’attendent, l’espèrent, prient…
3/ L’Istiqlal, lui, fait ce qu’il maîtrise le mieux, avoir un pied dedans et mettre l’autre dehors, sans néanmoins le dire. La Balance rose fait aussi les yeux doux à la jeunesse, pas sa Jeunesse, la jeunesse tout court, multipliant les grand-messes à grand budget et à non moins grand spectacle. Nizar Baraka avance avec moult précautions, évitant le faux-pas qui le ferait trébucher à quelques mètres du ruban d’arrivée. Servi par son background sans faute, irréprochable, compétent, expérimenté et légitime, il est toutefois desservi par sa toute nouvelle position de favori. Dès lors, les Istiqlaliens endossent une retenue et une humilité dans lesquelles ils sont passés maîtres.
4/ Le PJD. Lui-même ne croit pas qu’il retrouvera sa puissance passée, mais il espère renouer avec quelque puissance tout court. Abdelilah Benkirane, véritable phénomène oratoire, s’y emploie, mais comme la société et la population ont changé en 10 ans, il s’adjoint les deux excellents technocrates que sont Abdellah Bouanou et Driss el Azami el Idrissi. Qu’on le veuille ou pas, le PJD reste un parti sérieux, fonctionnant comme un parti sérieux devrait le faire. Il a ses chances pour compter dans une nouvelle majorité, le RNI ayant fait trop de dégâts durant sa mandature.
5/ Le MP. En 2022, le MP a changé son inamovible secrétaire général Mohand Laenser, pour le remplacer par un cadre plus jeune sans être tout à fait jeune, mais talentueux, et c’est Mohamed Ouzzine. En quête de visibilité, il ne refuse aucun débat, ou presque, et il est de toutes les batailles, ou presque. Dernièrement, il s’est aventuré contre les médias et une de leurs associations, s’exposant aux foudres de la profession en raison des mots utilisés. Cela lui a procuré une visibilité accrue mais le place face à un risque certain.
6/ L’USFP. Elle est en état de mort clinique, mais ses chefs s’acharnent à la maintenir en vie. La Rose s’offre à tout le monde mais, fanée, elle ne plaît pas à grand-monde ; son chef est éternel et sa gloire est derrière elle. A force de vouloir à tout prix être au gouvernement, l’USFP perd son âme, et en perdant son âme, elle perd ses anciens cadres. Grandeur et décadence d’un parti qui fut.Où sont tous ces ténors socialistes passés ? Ils sont passés à trépas ou pensent à passer chez d’autres…
7/ Le PPS, pour sa part, s’apprête à les accueillir, les recevoir, les anciens socialistes du parti socialiste et comme dans PPS, il y a socialisme, ils ne risquent pas d’être totalement déphasés. Le PPS avance à pas feutrés, tel un félin, personne ne le voyant venir, mais il vient. Chassé par la porte, il revient par la fenêtre, pourchassé par les uns, il esquive avec d’autres. Nabil Benabdallah est l’un de nos meilleurs politiques, desservi par la petite taille de son parti, à laquelle il s’efforce de remédier, vite, parce qu’il n'a plus le temps. Le PPS fera-t-il avec l’USFP ce que LFI en France a su faire avec le PS ? Sans doute qu’il récupérera quelques éléphants, comme cela commence déjà à filtrer ici et là.
8/ Les autres partis, UC, MDS, et d’autres ne comptent pas. De même que le PSU, même si on ne peut tout de même pas le ranger dans la même catégorie !
9/ La grande inconnue… Cette élection ne sera pas comme les précédentes, car des jeunes venus de nulle part, âgés de moins de 35 ans, pourront concourir sans forcément passer par la case « partis » et « investitures de partis ». C’est la grande inconnue ; les jeunes viendront-ils en masse ? Seront-ils élus massivement ? Formeront-ils un groupe, si tel est le cas ? Ou bien alors… pourrions-nous nous retrouver dans une logique évoquant celle de 1963 avec le FDIC, quand Ahmed Reda Guedira avait réuni une cohorte de notables pour s’investir et réussir leur élection ? Ou celle du RNI, quand Ahmed Osman avait réuni les députés indépendants et en avait fait le Rassemblement national des… indépendants ? Ou encore l’approche PAM, quand Fouad Ali el Himma avait puisé ici et là dans les rangs d’une gauche en déshérence, pour en faire le MTD, puis le PAM ?
Cette grande inconnue fera du scrutin à venir en septembre une élection pas comme les autres, l’élection de la transition démographique, de la transition/évolution sociétale avec une population instruite, informée et exigeante, et de (peut-être) la fin de l’éternelle transition démographique. La future Chambre des représentants disposera d’une légion de députés « indépendants », « sans appartenance politique », donc bruyants et remuants, ou alors il verra la formation d’un groupe dont on ne sait encore strictement rien.
Les partis politiques se préparent certes mais rien ne peut vraiment les préparer à une telle « grande inconnue ».
Aziz Boucetta