(Billet 1286) - Festival Gnaoua Musiques du monde… plus, bien plus qu’un festival !
Il est devenu l’éminent rendez-vous culturel de l’année. Il y en a d’autres dans le pays, beaucoup d’autres, mais le festival Gnaoua Musiques du monde est singulier, réellement et profondément différent. Il ne s’agit pas d’un simple festival, il n’est plus un festival comme les autres… non, le festival Gnaoua Musiques du monde est d’abord et avant tout un concept, un voyage intellectuel, une immersion cognitive… décliné, entre autres, par des concerts. Neila Tazi (image), sa fondatrice, Abdeslam Alikkane, son âme, Karim Ziad, son esprit et Driss el Yazami, sa muse, ont présenté cette semaine la 27ème édition de ce Festival, qui se tiendra du 25 au 27 juin prochains.
Puisqu’il faut vivre dans et avec son temps, allons sur ChatGPT et scrutons ce qui est dit sur ce festival : « Il n’existe pas une personne officielle qui ait dit que ce festival soit unique au monde, mais cette réputation s’est solidement construite par plusieurs sources crédibles, médiatiques et artistiques ». Quels sont ces médias qui soutiennent l’unicité culturelle du festival Gnaoua Musiques du monde ? The Guardian, France24, BBC… Quels sont les artistes qui affirment l’exceptionnelle originalité du festival ? Marcus Miller, Pat Metheny, Omar Soza, Eliades Ochoa, Oumou Sangaré…
Ce qui rend cet événement spécial, ce ne sont pas les effets spéciaux, mais la nature spéciale de la programmation musicale (avec ses fusions et ses lilas), ou encore l’inclusion de toute la ville d’Essaouira qui cesse d’être une cité pour devenir une scène gigantesque, ou aussi l’organisation du Forum des droits de l’Homme autour de thèmes chaque année porteurs, actuels, factuels, et également le mélange des gens et des genres, venus de tous les coins de la planète. Tout ce monde, toutes ces musiques, touts ces couleurs viennent en même temps à Essaouira et se laissent aspirer par le tourbillon magique du lieu et du moment.
Aller au festival Gnaoua Musiques du monde, ce n’est pas juste aller à Essaouira pour se déhancher un peu, déambuler ici et là, faire des emplettes, respirer le vent face à la mer… non, aller au Festival, c’est faire une immersion dans l’art, dans les arts, tellement les différents styles sont fusionnés, mélangés, combinés, métissés, additionnés. A défaut de parler les mêmes langues, les artistes font dialoguer leurs instruments, le guembri interpelle le saxophone, les claquettes rythment le piano, la danse endiablée d’une contrée africaine s’entremêlent aux pas enfiévrés de gnaoua sous enchantement. C’est cela, le festival Gnaoua Musiques du monde, tel que ne l’a pas pensé au départ sa fondatrice et cheville ouvrière Neila Tazi en 1997, à sa création, mais tel qu’il est devenu et ce qu’elle en a fait.
A force de travail et de connivence, presque de complicité, avec les Gnaoua, Mme Tazi (à ne pas confondre avec celle de Gad) a rendu aux Ganouas leurs lettres de noblesse. Avec le maâlem Abdeslam Alikkane, elle a fondé l’association Yerma Gnaoua et c’est avec cette association que bien des choses ont été réalisées, à commencer par l’inscription de l’art gnaoui sur la très prestigieuse Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. C’était en 2019… Par cette consécration, les Gnaoua sont passés des anciens mendiants qu’ils furent longtemps à mandants d’un art immémorial.
Mais avant, l’association et Neila Tazi ont conçu, réalisé et produit la fameuse anthologie de la culture gnaoui, une somme de 264 pages et 9 CD reprenant l’ensemble de cette culture ancestrale . Et pour cette prochaine édition du Festival, la 27ème pour être précis, un livret (ci-contre) est produit par Ssi Alikkane et la professeure Touriya Fili, avec une préface de Mme Tazi (vraiment différente de celle de Gad), expliquant l’origine, le sens, la portée et la mélancolie des mots chantés par les gnaoua.
Voilà pour le côté intellectuel et académique du Festival, et ce n’est pas fini ! Comme précisé ci-devant, le Forum des droits humains apporte une touche spéciale et une saveur intellectuelle unique à ce Festival, tout en s’inscrivant cette année dans une thématique d’actualité qui est « Jeunesses du monde : liberté, identité, avenir ». Le Forum connaîtra la participation de personnalités peu communes, philosophes, politiques, universitaires… Il est très marquant de constater qu’à la fin de la conférence de présentation de la 27ème édition du festival (image, en bas à gauche) face à une cinquantaine de journalistes, aucune question n’ait été posée, laissant la place à une impatience commune déclarée et assumée de se retrouver à Essaouira ce 25 juin !...
Nous sommes déjà aux deux tiers de ce billet et on n’a pas encore entamé la partie musicale du festival, c’est dire que son éclectisme est important. Il reste en effet l’aspect académique, double… d’abord le Berklee College of Music, qui est l'un des plus grands instituts privés, voire le plus grand, au monde dédiés aux musiques actuelles et au jazz. Depuis quelques années, les jeunes et moins jeunes musiciens de cette université, tous bourrés de talent et pétris de spiritualité, ont installé leurs quartiers à Essaouira le temps du Festival ; le président de Berklee, légitime à le faire et à le dire, a déclaré la ville « capitale mondiale de la musique ». et quand cela est martelé par le patron d’une des plus granes université se musique, cela porte et importe. Et ensuite avec l’UM6P, un partenariat de recherche a été créé, un partenariat académique et scientifique structurant, basé sur la recherche, la transmission et la valorisation culturelle de la culture gnaoui.
Le 25 juin prochain, donc, vers 18 heures, coup d’envoi de cette 27ème édition du festival Gnaoua musiques du monde, et les Gnaoua et musiciens du monde donneront la plein mesure de leurs talents. Ils feront danser les jeunes et les moins jeunes, les grands et les petits, les locaux et les visiteurs, les jellabas et les jeans troués, les rastas qui tressaillent et les derviches qui tournent… Et alors, sous les yeux fureteurs et le regard acéré de la très spirituelle Mme Tazi, Neila pour ses amis… et alors, donc, on dansera !
On dansera le soir aux 52 concerts programmés avec 460 artistes et 43 maâlems, on déambulera le jour dans les ruelles pleines de charme et emplies d'histoire d’Essaouira, on spiritualisera les nuits dans les lilas, on s’instruira les matinées au Forum des droits humains… et 300.000 personnes riront, feront ripaille, opineront pour les uns, copineront pour les autres.
Merci au roi Mohammed VI de veiller à travers son haut patronage à la perpétuation de cet événement culturel mondial,
Merci à Neila Tazi d’avoir tant sacrifié pour faire du Festival ce qu’il est devenu,
Merci à Abdeslam Alikkane d’avoir consacré sa vie à cette culture quasi sacrée,
Merci à Driss el Yazami d’y apporter sa culture et d’y cultiver sa passion.
300.000 personnes (quatre fois la population d’Essaouira) seront heureux de se retrouver le jeudi, tristes de se séparer le dimanche suivant !
Aziz Boucetta