(Billet 1302) – Envie d’équité…  besoin de justice...

(Billet 1302) – Envie d’équité…  besoin de justice...

Aucune personne sensée ne pourrait mettre en cause ou en doute le réel développement du Maroc ces vingt dernières années ; et le développement, ce ne sont pas seulement des alignements de chiffres avantageux mais surtout une évolution des esprits, donc des ambitions, et bien évidemment des exigences. Nous en sommes là, voyant tant de choses se faire mais avec cette perception insistante d’iniquité, voire d’injustice. Il revient désormais à la justice de ce pays de passer à la vitesse supérieure.

On raconte qu’au début de la Seconde guerre mondiale, en Angleterre et alors que Londres était sous le feu et les bombes de la Luftwaffe, quelqu’un aurait demandé à Winston Churchill comment il pouvait garder son calme et croire que le pays tenait encore. Churchill aurait répondu en substance que « tant que les tribunaux fonctionnent, tout va bien ! ». Autrement dit, dans une société, il existe des règles et, quelle que soit la situation de cette société, si ces règles sont respectées et appliquées, et les contrevenants sanctionnés, alors tout ne peut aller qu’au mieux.

Au Maroc, la justice juge et fait son travail, de mieux en mieux et de plus en plus en phase avec la société et ses drames, ses soucis ; que d’affaires criminelles n’a-t-on vu prises en charge par la justice, qui agit et réagit, s’autosaisit, et rend (le plus souvent du moins) les jugements attendus par la société dont elle émane. Et pour les cas impliquant des politiques, pareil… sauf que cela reste insuffisant ; quelques élus communaux ou des députés inconnus, tous ripoux, restent des lampistes. Et cela demeurera ainsi du fait de la nouvelle législation, en l’occurrence le Code de procédure pénale récemment réformé, qui limite drastiquement l’auto-saisine de la justice pour les affaires concernant l’argent public, la corruption, le détournement...

Et ce qui devait alors arriver arriva… Plusieurs responsables politiques de premier plan font actuellement l’objet d’accusations diverses. Les faits sont rapportés par des lanceurs d’alerte anonymes ou par ce machin appelé Jabaroot, ils sont amplifiés par une grande colère numérique… mais très rares sont les cas qui arrivent devant la justice, et encore plus rares ceux qui sont initiés par la justice elle-même. Et pourtant, les responsables épinglés sont ministres, chefs de partis, parfois les deux... et pourtant aussi, les affaires type "Fraqchia" et autres "Chennaqa" défraient la chronique politique, bousculent les équilibres sociaux et portent gravement atteinte au pouvoir d'achat des gens (magistrats compris); pourquoi, quand les parlementaires ne parviennent pas à mettre en place une commission d'enquête, la justice ne s'en mêle pas?...

Résultat : une société qui doute de ses dirigeants, lesquels prêtent le flanc aux pires soupçons, eu égard à leur silence ou à leur défense fébrile et désordonnée. Or, le Maroc s’apprête à entrer en phase électorale sur les deux années qui viennent (législatives en septembre 2026 et locales/régionales l’été 2027), avant d’entamer sa course vers 2030 et ses nombreux défis. Comment voter, pour qui voter… et même pour quelle raison voter quand les personnalités qui seront en charge de notre avenir, avec notre argent, prêtent autant le flanc à des doutes, des soupçons ?

Certains de ces responsables sont injustement désignés à la vindicte publique et curieusement se taisent, d’autres sont potentiellement coupables de quelque délit et se défendent mollement ou pas du tout, et une troisième catégorie de responsables est clairement coupable d’indélicatesses ; ils devraient être devant un juge, derrière les barreaux ou entre deux policiers qui les mèneraient de l’un aux autres... Dans les trois cas, la justice doit passer, et si personne ne la saisit, elle doit s’autosaisir, pour que l’opinion publique sache qui est abusivement attaqué, qui est coupable et qui doit aller en prison. Mais le législateur, en l’occurrence cette majorité actuelle, a limité la faculté d’auto-saisine au procureur général, sur la base de rapports de la Cour des comptes de de l’Inspection générale des finances ou d’autre chose. On se demande pourquoi le gouvernement Akhannouch a agi ainsi…

Hicham Balaoui et Zineb el Adaoui, respectivement Procureur général du Roi près la Cour de cassation - Président du ministère public et Premier président de la Cour des comptes, sont deux (très) hauts magistrats nommés par le souverain, bénéficiant donc de la confiance royale, lequel n’a pas cessé d’en appeler à la moralisation de la vie publique et politique et n’a eu de cesse non plus d’appeler les élus à leurs devoirs.

C’est à eux, avec les Inspecteurs généraux, que le nouveau Code de procédure pénale a confié l’initiative judiciaire pour les affaires impliquant les fonds publics et, plus généralement, les cas où des hauts responsables sont inquiétés, ou simplement soupçonnés. L’opinion publique, quelque peu chahutée aujourd’hui en raison de toutes ces révélations qui adviennent, s’intéresse considérablement à ces affaires, mais le silence assourdissant observé autour intrigue. Dès lors, un besoin de justice naît puis s’installe dans les cœurs et les esprits des gens. Satisfait, ce besoin se transformerait en confiance, et dans le cas contraire, la méfiance puis le découragement prendront le pas… Et le besoin de justice s’accompagne aussi d’une nécessité de protection, car quand des responsables politiques usent et abusent de leur fonction, l’opinion publique doit en être protégée !...

Il appartiendrait donc à nos grands magistrats de faire de la grande magistrature, de s’impliquer plus et mieux dans ces affaires qui font la Une de l’actualité et s’installent en haut des préoccupations de nos compatriotes. Il reviendrait à la justice dans ses instances supérieures de composer avec cette loi conçue, élaborée et adoptée pour éloigner les juges des affaires politiques ; et composer signifie en respecter la lettre et en dépasser l’esprit. Quand le gouvernement et les députés s’accordent pour placer les saisines au plus haut niveau judiciaire, cela donne le sentiment qu’ils considèrent ces hauts magistrats comme « acquis » ce qui, connaissant ces derniers, est inexact. Il serait tellement utile pour le pays que la justice améliore en le portant plus haut son intérêt pour l’intégrité et l’équité des grands responsables politiques ou administratifs, et qu’elle ne laisse plus ce faisant les Marocains en proie à leur actuelle et très profonde crise de confiance !

Au Maroc, police et gendarmerie disposent de tous les moyens techniques et des compétences humaines pour enquêter. Cette puissance investigatrice ne doit pas demeurer seule, elle doit être accompagnée par la force du droit et de la justice car, pour reprendre Pascal, « la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ».

Aziz Boucetta 

 



Articles Similaires





Les plus populaires de la semaine




Vidéos de la semaine





Newsletters

Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort Mondial 2026 : double forfait pour le Maroc, Saâdane et Sbaï appelés en renfort