Justice pénale: le Maroc place la dignité humaine au cœur de ses réformes (Azzeddine Farhane
Le Maroc a impulsé, sous la conduite éclairée et les Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, une dynamique législative et institutionnelle, qui a fait de la dignité humaine un pilier fondamental de sa politique pénale, a affirmé, samedi à Abou Dhabi, l’ambassadeur, représentant permanent du Royaume auprès des organisations internationales à Vienne, Azzeddine Farhane.
Intervenant au nom du Royaume lors du segment de haut niveau du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale (26 septembre-1er octobre), M. Farhane a indiqué que cette dynamique s’est notamment traduite par le renforcement de la protection de l’enfance, des femmes et des filles victimes de violence, la lutte contre la traite des êtres humains et l’entrée en vigueur, en 2025, de la loi sur les peines alternatives.
Elle s’est également concrétisée par le nouveau Code de procédure pénale, qui a renforcé les garanties d’un procès équitable, les droits des victimes, la justice réparatrice et l’humanisation de l’exécution des peines, ainsi que par le renforcement des mécanismes de justice pénale à travers des projets de réforme visant la création d’une banque nationale des empreintes génétiques et d’un mécanisme de gestion des biens saisis et confisqués, a-t-il poursuivi.
Le diplomate a également exprimé la fierté du Royaume quant à la confiance placée en lui à travers son élection à la vice-présidence du Congrès en tant que représentant du Groupe africain, expliquant que cette confiance s’inscrit dans le prolongement de l’engagement constant du Maroc, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, envers son continent africain et de sa conviction que la sécurité, la justice et le développement durable constituent des dimensions interdépendantes d’un destin commun.
M. Farhane a, d’autre part, souligné que « le Royaume partage pleinement l’esprit de la Déclaration d’Abou Dhabi », relevant que dans un monde marqué par l’accélération des transformations et l’évolution de la nature de la criminalité, « la question n’est plus seulement de savoir comment lutter contre le crime, mais aussi quelle justice nous voulons construire pour le monde de demain ? ».
« Il s’agit d’une justice qui ne se mesure pas uniquement à sa capacité à sanctionner, mais également à sa capacité à prévenir, à protéger les victimes, à réparer les préjudices, à favoriser la réinsertion et à instaurer la confiance », a-t-il soutenu, ajoutant que dans la conception marocaine, la justice ne doit pas seulement s’interroger sur la manière de punir, mais aussi sur les moyens de réparer les préjudices, de réinsérer et de prévenir la récidive.
Dans ce contexte, M. Farhane a fait noter que face à l’extrémisme violent, le Royaume a développé, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi, une approche proactive et intégrée combinant sécurité, prévention, réhabilitation et réinsertion.
Il a, à cet égard, relevé que le programme « Moussalaha » incarne cette philosophie, précisant qu’il en est à sa 20e édition et que plus de 436 personnes en ont bénéficié depuis son lancement en 2017.
« La sécurité durable ne se réalise pas uniquement en faisant face au danger, mais aussi en empêchant son émergence. Il ne suffit pas de traiter les conséquences de l’extrémisme, il faut également s’attaquer à ses racines », a-t-il enchaîné.
S’agissant des transformations numériques, le diplomate a rappelé que le Maroc a signé, en octobre 2025, la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité et poursuit la modernisation de son dispositif en matière de preuves numériques et de numérisation de la procédure pénale.
Le défi de la justice à l’ère technologique consiste, a-t-il dit, à tirer profit de l’innovation sans perdre sa dimension humaine et à renforcer la sécurité sans porter atteinte aux droits fondamentaux, d’autant plus que la criminalité ne connaît pas de frontières et que la lutte contre ce fléau ne peut, par conséquent, rester limitée aux frontières nationales.
Partant de ce constat et conformément à la Haute Vision Royale, le Maroc a fait de la coopération Sud-Sud un choix stratégique et conclu avec différents pays du monde plus de 130 conventions de coopération judiciaire, tandis qu’un nombre important d’autres accords sont en cours de négociation. Le Royaume a également renforcé son arsenal juridique par des mécanismes modernes de coopération judiciaire internationale.
M. Farhane a, par ailleurs, relevé que « la nature des nouvelles menaces nous impose d’aller plus loin », notant que la criminalité organisée, la corruption et le terrorisme ne constituent plus des phénomènes isolés, alors que leurs réseaux se croisent, leurs sources de financement s’imbriquent et ces phénomènes recourent parfois aux mêmes outils financiers et technologiques.
« Si les menaces se croisent, notre réponse ne doit pas rester fragmentée », a-t-il insisté. Ainsi, le Royaume appelle à réfléchir au lancement d’une dynamique onusienne destinée à renforcer la complémentarité et la coordination entre les différents organes et entités des Nations Unies, chargés de la lutte contre la criminalité organisée transnationale et le terrorisme.
Il ne s’agit pas, a précisé le diplomate, de fusionner ces cadres, mais d’établir des passerelles plus solides entre eux en matière d’échange d’expertise, de renforcement des capacités, d’assistance technique, de coopération judiciaire et d’anticipation des menaces émergentes.
« Nous devons passer de la multiplicité des mécanismes à leur complémentarité, d’une coordination ponctuelle à une coopération plus régulière et du traitement isolé de chaque menace à une compréhension des liens qui les unissent », a-t-il affirmé, estimant que la Déclaration d’Abou Dhabi pourrait constituer une occasion de déclencher cette dynamique.
Le Congrès vise à renforcer le dialogue et la coopération internationale dans les domaines liés à la prévention du crime, à la justice pénale et à l’État de droit, ainsi qu’à passer en revue les expériences réussies dans la mise en œuvre de politiques et stratégies globales en la matière, afin de renforcer l’État de droit aux niveaux national et international.
Organisée jusqu’au 1er octobre, cette rencontre réunit des représentants des gouvernements et de la société civile, des universitaires et des experts pour examiner les interactions entre la prévention du crime, la justice pénale, l’État de droit et la transformation numérique et explorer des solutions pratiques et prospectives à même de contribuer à la sécurité, à la justice et à la prospérité pour tous.
L’événement rassemble plus de 5.100 participants, avec la présence de plus de 40 ministres de la Justice et de 93 intervenants représentant des États et des groupes régionaux, outre 62 participations de haut niveau, dont 46 en présentiel et 16 à distance.