(Billet 1363) - Les élections locales, au cœur du Plan d'autonomie et du Mondial 2030
Le Maroc a donc organisé et tenu son scrutin législatif, et maintenant il entre en préparation des élections régionales et communales, qui se dérouleront en septembre prochain. Les électeurs devront alors choisir leurs édiles et responsables provinciaux. A quoi sert un élu territorial, local ou régional ? La question paraît simple et sa réponse aussi : à gérer les affaires d’une commune ou d’une région. Les choses se compliquent quand on s’attelle à choisir les profils, car cette fois, la future élection et les prochains élus devront être crédibles.
Cette fois, pour ces élections régionales et locales, l’enjeu n’est plus seulement de changer le « personnel élu » à la tête de ces institutions mais, il faut le répéter, de faire en sorte que cela soit crédible. Et être crédible signifie la fin du copinage, du népotisme et du calcul politicien. En 2027, les territoires devront être bien gérés, par des gens compétents et intègres, rompus au service public ou en ayant l’envie et la volonté, prêts à se fondre dans leurs missions et se confondre avec leurs institutions et leurs conseils.
Il existe deux raisons principales à cela, et toutes deux sont en rapport avec les agendas internationaux du Maroc.
1/ Le plan d’autonomie des provinces sahariennes. Les discussions à l’ONU sont très techniques et hautement politiques, il s’agit d’un véritable bras de fer entre le Maroc et ses alliés/amis d’une part, ses adversaires/ennemis de l’autre. Dans le texte de la résolution 2797 d’octobre 2025, le terme « véritable » pour désigner la solution de l’autonomie apparaît deux fois, et ce terme remonte au début des années 2000, quand les parties discutaient déjà avec James Baker d’une solution politique.
L’ONU continue de considérer la question du Sahara, pourtant marocain depuis des siècles, comme une question de décolonisation ; et les choses durent depuis si longtemps que cette idée s’est installée en creux dans les esprits des diplomates, du moins ceux qui ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître l’histoire de la région et de la phase de colonisation. Le terme genuine est alors employé pour qualifier une autonomie territoriale qui doit avoir une réalité politique, et pas seulement administrative, dans la continuité et le prolongement de l’architecture institutionnelle nationale.
Dans l’esprit de ces responsables étrangers, il convient de le reconnaître et de le dire, les institutions élues au Maroc ne respectent pas la logique et l’esprit d’une élection démocratique. Et, en un mot, préciser une « véritable » autonomie signifie de dissocier la prise de décision territoriale au sud du centre politique de Rabat, ce qui implique un parlement et un chef de gouvernement territoriaux.
Il est donc important pour nos diplomates de pouvoir défendre un système de régionalisation avancée au Maroc, « véritablement » avancée, avec de « véritables » présidents de Régions, dotés de « véritables » pouvoirs administratifs mais aussi et surtout politiques, hors les fonctions régaliennes qui resteront centrales et centralisées (Commanderie des croyants, diplomatie, sécurité, armée). Dans son discours d’ouverture de la session d’automne du parlement le 9 octobre dernier, le roi Mohammed VI soulignait avec force qu’ « aucun retard ni atermoiement n'est plus tolérable dans la mise en œuvre pleine et entière de la Charte de la Déconcentration, avec ce que cela implique en termes de transfert des compétences et de réaffectation des ressources humaines et financières nécessaires du Centre vers les provinces et les régions ». Ce faisant, il avait en tête et en perspective les négociations menées à l’ONU sur la question du Sahara, et sachant que l’autonomie véritable demandée par les Nations Unies consiste à aller encore plus loin et plus haut qu’une décentralisation aboutie et une régionalisation avancée, même très avancée.
Des élus « véritablement » autonomes, des walis « véritablement » à leur service (et non le contraire), la mise en place et la reconnaissance « véritable » d'un ensemble de pouvoirs propres au territoire, telles sont les « véritables » conditions pour aller vers une « véritable » autonomie et pour conférer plus de confiance à nos diplomates. Cela passe par un choix strict des profils des candidats par les partis politiques, tant au niveau des régions que des communes. Une « véritable » élection, quoi…
Le ministère de l’Intérieur a déjà commencé les concertations avec les partis politiques sur ces élections territoriales de 2027. Il serait bien, il serait bon qu’enfin, nous ayons des édiles et des présidents de région « véritables », choisis sur des critères « véritables » et élus au terme de processus « véritables » et crédibles.
2/ Le Mondial 2030. Il reste encore bien des choses à faire dans nos villes pour prétendre vouloir recevoir et réussir un Mondial, surtout que les Marocains ont placé la barre haut et revendiquent le droit et l’honneur d’abriter la finale sur leur sol.
Ce n’est pas avec nos édiles actuels que nous relèverons le défi, pas plus qu’avec le type de profils mis en avant aujourd’hui par les partis. La meilleure preuve est apportée par l’insignifiance de nos maires et présidents de régions ; et cette insignifiance apparaît entre autres dans la difficulté à nommer les maires des grandes villes, hors ceux exerçant des fonctions de ministre ou de chef(fe) de gouvernement, et à citer les noms des présidents de régions. Combien d’entre nous sont-ils capables de dire quel est le nom du/de la maire de la capitale Rabat ? Et le président de sa région ? Et Tanger (hors le cas désormais fameux du maire…), et Fès, et Oujda ?... Et pourtant, on connaît les noms d’élus étrangers, maires, gouverneurs, présidents de régions…
Pour que réussisse ce Mondial au Maroc, pour que les villes soient prêtes et les populations « civiquement » accueillantes, pour que les divers et nombreux visiteurs étrangers puissent répondre à tous leurs besoins, les villes et les régions du Maroc ont besoin d’autorités désignées qui, déconcentrées, relèvent de l’autorité centrale, mais aussi d’élus issus de la volonté populaire et « concentrés » sur les affaires de leurs villes. Gouvernance et efficience doivent aller de pair.
Le Maroc sera-t-il capable de saisir l’importance de ce moment électoral ? Pouvoir politique, gouvernement et gouvernants sauront-ils rompre avec des pratiques passées tendant à installer des exécutifs territoriaux sur mesure ou, à l’inverse, adopteront-ils une politique conduisant à l’installation de pouvoirs régionaux et locaux répondant aux véritables besoins de la population et satisfaisant aux véritables critères électoraux ? De la réponse à ces questions et de l’attitude des dirigeants/organisateurs du scrutin à venir dépendra la sérénité de nos villes et le succès de nos entreprises diplomatiques et sportives.
Aziz Boucetta