(Billet 1304) - Il était une fois... Fouzi Lekjaâ

(Billet 1304) - Il était une fois... Fouzi Lekjaâ

S’il est un homme qui chauffe en ce moment sous le feu des projecteurs, c’est bien Fouzi Lekjaâ. L’homme est sur tous les fronts, ceux qui sont visibles et d’autres plus discrets. Le grand patron du foot national est aux Etats-Unis pour accompagner la sélection nationale, il suit le dossier marocain au TAS pour la finale de la CAN, il prépare le Mondial 2030 et, accessoirement, gère le budget du royaume. Et, avant son démenti, on l’a donné candidat aux législatives, embarqué sur le Tracteur du PAM.

Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), membre du Conseil de la FIFA et 1er vice-président de la CAF, ministre délégué du Budget vient d’accorder une longue interview à al Jazeera360. Silencieux ou presque depuis ce fameux 18 janvier, jour de la non moins fameuse et même malheureuse  finale de la CAN à Rabat, il a enfin parlé, et dit toute sa vérité. Mais cette apparition publique, active, s’accompagne d’une autre, passive, celle de son éventuelle candidature aux élections législatives, au volant d’un tracteur.

On pourrait sacrifier à la tradition et reprocher au responsable marocain de choisir un média étranger pour répondre aux questions que se posent les Marocains et une grosse partie du monde, mais on ne le fera pas. Nos télés sont en effet confidentielles et à l’étranger inexistantes, et il fallait que le message fouzien soit transmis soit entendu…

1/ La grande interview sur al Jazeera… M. Lekjaâ est revenu sur le foot, la politique du foot, les perspectives du foot. Mais il a surtout donné sa version sur le déroulement de la finale de la CAN, répondant sur chaque point qui avait suscité l’ire des Sénégalais, et mettant quiconque au défi d’apporter sa vérité, qui serait donc fausse. Il n’a pas dit explicitement – comme cela a été rapporté – que le Maroc n’organisera plus de tournois africains, mais il s’est dit prêt à se désister en faveur de tout pays qui voudrait récupérer une compétition confiée au royaume, puis à lui offrir son assistance, si besoin est.

Il aura donc fallu attendre cinq longs mois avant d’avoir la version de Fouzi Lekjaâ, mais le timing de sa sortie médiatique à al Jazeera360 laisse perplexe, longtemps après les faits de la CAN, quelques jours après l’assemblée générale non élective de la FRMF (on peut se demander pourquoi elle n’a pas été reportée jusqu’en septembre pour tous les points à l’ordre du jour), et en plein Mondial américain. Le patron du foot national est pratiquement un régalien, et en conséquence il a la parole rare, prudemment calibrée et soigneusement étudiée. Apporter ses révélations sur, entre autres, la CAN à ce moment précis de Mondial américain doit avoir un sens et même une signification que, comme toujours, nous comprendrons plus tard… avec peut-être un lien avec le point 2/ ci-dessous.

2/ Fouzi Lekjaâ candidat PAM aux prochaines législatives ? Son nom apparaît dans plusieurs supports médiatiques et fait le bonheur d’internautes désœuvrés (parfois pas tant que cela…) sur les réseaux sociaux. Il serait question que Ssi Lekjaâ rejoigne le PAM, qu’il se présente sous ses couleurs, avec l’âme d’un Tracteur, et que tout cela se passerait dans l’Oriental. Et bien évidemment, la vox populi le donne chef de gouvernement potentiel si d’aventure (et ce serait de fait aventureux) le PAM venait à gagner les prochaines élections. Le concerné a démenti, mollement et indirectement, mais il a démenti.

Comment un tel personnage peut-il être pressenti pour de telles fonctions électives ? Pourquoi le PAM ? Est-ce un coup de sonde pour tester l’opinion et définir le sens du vent ? Aucune réponse à ces questions mais s’il y avait une intention, aussi discrète soit-elle, de placer l’homme pour ensuite le propulser, cela enverrait un très mauvais signal aux Marocains. Et nous savons que sortir le nom d’un personnage aussi influent et aussi omnipotent que celui de M. Lekjaâ n’est jamais un acte fortuit ou gratuit…

Seulement voilà, le royaume a besoin, enfin, d’avoir des partis « normaux » avec des candidats « naturels », pour à l’arrivée obtenir une classe politique « convaincante, « qui ressemble à quelque chose ».

M. Lekjaâ a changé le foot national et amélioré la place du Maroc sur la Planète Foot ; il a engrangé des résultats sur le terrain et dans les aréopages internationaux de ce sport. Il gère les finances publiques comme il peut et fait ce qu’il peut. Il a également en charge l’organisation du Mondial 2030 sur notre sol et il guerroie sur tous les fronts pour maintenir ses performances et celles de ses jeunes poulains.

Mais la liste des potentiels chefs du prochain gouvernement fond comme neige au soleil, les un(e)s et les autres étant éclaboussés par des scandales/rumeurs de diverse gravité. Serions-« nous » en train de chercher un autre profil, un plan B, ou tout simplement le profil providentiel, masculin ou féminin ? Si donc la suggestion du nom de Fouzi Lekjaâ est un ballon d’essai, il vaudrait mieux alors laisser le personnage à son ballon tout court.

Attendons donc de voir le parcours des Marocains au Mondial, et nous saurons quel sera le sort politique de M. Lekjaâ, tant il est vrai que dans ce pays qui est le nôtre, la suggestion de noms n’a jamais rien d’innocent ou d’aléatoire. Dans l’attente, félicitons déjà M. Lekjaâ pour ses acquis, résultats et réalisations, et surtout mettons-le en garde contre le principe de Peter qu’il ne peut pas ne pas connaître…

Aziz Boucetta



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