(Billet 1305 ) - PAM et Istiqlal… paroles, paroles, paroles…
Ils cogitent beaucoup et s’agitent autant, ils tentent de croire en leurs chances et œuvrent à y faire accroire le bon peuple ! PAM et Istiqlal multiplient les déclarations, surjouent leur(s) indignation(s) et appellent bruyamment à la moralisation puis à la mobilisation ; tous deux laissent penser ainsi que le RNI est grillé, définitivement écrabouillé, que leur heure a sonné et que leurs candidats vont tonner et détoner. Las… au premier test grandeur nature, les deux partis montrent qu’en réalité, dans les faits, ils restent englués, parfois à leur corps défendant, dans la galaxie RNI !
Enchaînant les réunions et les agapes, les ministres chefs ou co-chefs de partis de la majorité commencent déjà à dérouler leurs promesses, et leurs promesses versent toutes dans le sens de la protection du pouvoir d’achat, leurs pensées sont toutes orientées vers les défaillances et dysfonctionnements enregistrés lors du dernier aïd al-Adha. De son côté, le RNI suit tout cela de près, puis se mure dans le silence tout en laissant ses chefs murmurer à l’oreille de leurs alliés désemparés de la majorité.
Et puis arrive l’heure de vérité parce que nous sommes, quand même, un Etat de droit, où les institutions fonctionnent à peu près convenablement. En 2022, le groupe CDT à la Chambre des Conseillers avait introduit deux propositions de lois, l’une pour nationaliser la Samir et l’autre pour réguler les prix des hydrocarbures. 2022, c’est l’année du déclenchement de la guerre en Ukraine et de l’envolée des prix des carburants, donc de tout le reste. Les deux textes ont été depuis enfouis dans les nombreux tiroirs du parlement, oubliés de tous.
Cette semaine, chez les Conseillers, les deux textes ont été remis en discussion car l’absentéisme a fait son œuvre ; les élus de la majorité avaient en effet sans doute mieux à faire ce jour-là que se trouver au parlement. La commission concernée a donc voté les deux propositions de loi et le texte est passé en plénière. Là, bien évidemment, il a été rejeté. Par qui ? et bien par les élus de la majorité, et pour verrouiller les choses et sécuriser au mieux le vote, les élus de l’UGTM (syndicat affilié à l’Istiqlal) se sont joints à la majorité (il est vrai qu’ils n’étaient qu’une petite poignée d’Istiqlaliens dans la salle, il fallait bien compenser).
Si, pour la Samir, on peut argumenter que l’affaire se trouvant entre les mains des instances d’arbitrage internationales, il serait de mauvais ton et très inconvenant de procéder à une nationalisation dans ce contexte ; la reprise de la raffinerie par l’Etat est précisément l’un des griefs reprochés par l’adversaire du Maroc devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi). Il est donc naturel que le projet de loi ait été rejeté, mais il aurait été utile de l’expliquer à l’opinion publique au lieu de l’abreuver de slogans creux, puis de se taire à jamais.
Quant au second texte, portant sur l’encadrement des prix des hydrocarbures, son rejet par la Chambre des conseillers est tout simplement inadmissible et… osons le mot, indécent ! En effet, après avoir refusé une commission d’enquête sur les viandes et les hydrocarbures, voilà nos deux prétendants PAM et Istiqlal qui enterrent une proposition de régulation et de contrôle des prix. Comment les croire après cela quand ils affirment la main sur le cœur, le trémolo dans la voix, qu’ils défendront, s’ils sont en situation, le pouvoir d’achat et se battront jusqu’à leur dernier souffle contre toutes formes de fassad ? Paroles, paroles, paroles, chantait la défunte Dalida…
Il est vrai que le texte est davantage populiste que réaliste, rédigé selon toute vraisemblance à la hâte par le groupe CDT et prévoyant même, en creux et en filigrane, la reprise d’une forme de compensation en cas de prix internationaux élevés. Cependant, l’article 6 de ce projet de loi renvoie vers un autre projet de texte réglementaire à adopter, qui définit les conditions d’intervention des autorités publiques en cas de flambée des prix à l’international. Le texte ne pouvait donc certes pas passer en l’état, mais il aurait pu et même dû être débattu, discuté, disputé au besoin.
Interrogés, certains des cadres de ces deux partis ont expliqué que voter ce texte aurait été considéré comme de l’opportunisme électoral, à quelques encablures des élections législatives ; d’autres s’appuient sur l’éventualité d’une réintroduction de la compensation pour déclarer ce texte inapplicable et donc rejetable. Oui en effet, tout cela est assurément discutable, mais rejetable ne signifie pas jetable. Aussi, refuser l’encadrement des prix des carburants sera perçu comme une position politique du PAM et de l’Istiqlal, qui confirme les précédentes, quand les deux partis acceptaient le recul sur l’enrichissement illicite, qu’ils regardaient ailleurs quand le gouvernement tournait le dos à la lutte contre la corruption, et qu’ils n’ont jamais vraiment insisté pour légiférer sur le conflit d’intérêt. En plus du refus des commissions d’enquête !
Alors de deux choses l’une… ou bien le RNI et ses chefs ont intimé l’ordre au duo PAM/Istiqlal de ne pas voter ce texte sur les prix des hydrocarbures, et ce serait un désastre ; ou bien ils n’ont rien dit, que le PAM et l’Istiqlal aient encore voté par réflexe – ou soumission – et le désastre deviendrait alors cataclysme.
Pour l’élection à venir, le RNI y croit encore et le PAM ose parfois y croire, quand l’Istiqlal, réellement, peut y croire. Ce parti pourrait et même mériterait en effet de décrocher la une et la lune. Il faudrait juste qu’il retienne cette vérité : l’électeur marocain ne se suffit plus de discours, il demande de la cohérence et de la constance, et surtout qu’on respecte son intelligence…
Aziz Boucetta